Lauréate Prix Aoua Keïta 2e édition – Kadiatou Konaré,  le livre au cœur d’une trajectoire dédiée aux arts et à la culture

Couronnée par le Prix Aoua Keïta 2025  des Women Leadership Awards, Kadiatou Konaré devient la seconde femme leader à recevoir cette distinction. À l’issue des votes du public et de la notation du jury, elle arrive en tête de la catégorie « Littérature, Culture et Industrie Créative », ainsi que du classement toutes catégories confondues.

Parce qu’elle est « arrivée au monde entourée de livres », c’est vers l’édition que Kadiatou Konaré choisit de se diriger à la fin des années 1990, et ce, malgré un parcours initialement scientifique (baccalauréat en sciences exactes, classe préparatoire aux hautes études commerciales -HEC, école de commerce).

Son mastère de management de l’édition de l’École supérieure de commerce de Paris en poche, elle fait ses premiers pas dans l’édition scolaire. Elle caresse alors le rêve de rentrer en Afrique pour concevoir des manuels destinés aux écoles. En effet, pour cette aînée de famille, héritière de plusieurs générations d’enseignants, si le livre rime  avec éducation et formation, il constitue également un outil de dialogue culturel et social, d’ouverture sur le monde.

D’ailleurs, Cauris, la maison d’édition que Kadiatou Konaré crée à Paris en 2000 — dans le sillage de prestigieuses maisons africaines comme Présence Africaine —, se veut « une passerelle entre l’Afrique et le monde à travers l’écrit ». 

Un premier titre emblématique vient donner du souffle à cette ambition éditoriale : Le Mali des talents, guide touristique et culturel consacré à la découverte des hommes, des femmes, de l’histoire et des traditions du pays. L’éditrice confiera plus tard : « Cauris est née pour éditer un titre, Le Mali des talents. Pour moi, il allait de soi  que célébrer mon pays valait bien la création d’une maison d’édition. Le défi fut immense :  monter une maison d’édition rien que pour éditer ce livre hommage au Mali.  Ce sera pourtant  le début d’une belle aventure éditoriale , de la constitution d’un catalogue dense de littérature, de livres jeunesse, de guides touristiques, d’ouvrages de références, de témoignages, de biographies. ».

L’année 2003 marque ensuite un tournant décisif, une année « de révélation » symbolisée par la rencontre avec Aimé Césaire. « Il y a eu pour moi un avant et un après Aimé Césaire » confie l’éditrice. En  effet, en juin 2003, Cauris, aux côtés d’un collectif d’intellectuels, d’artistes célèbre le grand poète à Bamako à l’occasion de ses 90 ans, à travers Les Rencontres Afrique-Amérique. C’est à partir de ce moment que les Caraïbes et les Amériques trouvent une place particulière dans son cœur. Elle devient d’ailleurs, en 2018, la consule honoraire de la république d’Haïti au Mali : « Quel honneur pour moi de faire flotter au Mali  le drapeau de cette fille aînée de l’Afrique, un pays auquel l’humanité doit tant … »

Galvanisée par sa passion, en 2008, Kadiatou Konaré rentre définitivement au Mali, transportant avec elle sa structure éditoriale : « Jamais sans ma maison d’édition !». Faire de l’édition dans un pays de forte tradition orale où l’accès au livre reste limité, se frotter au marché local et s’associer aux acteurs de la chaîne du livre pour participer à l’essor de l’écrit et à la promotion du savoir : tels sont les défis stimulants qui l’attendent.

Cauris éditions devenue Cauris livres est saluée en Afrique et dans le monde pour la qualité de ses productions. Au Mali, ses auteurs décrochent régulièrement les différentes distinctions de la Rentrée littéraire. En 2014, l’ouvrage Aimé Césaire, le poète prophète (de la collection Lucy) est sélectionné par les White Ravens parmi les 200 meilleurs titres jeunesse du monde (une liste prestigieuse établie par la Bibliothèque internationale de la Jeunesse). En 2020, grâce à l’ouvrage Les grandes dates du Mali, la maison décroche le Prix Afrilivres du meilleur éditeur africain francophone d’Afrique subsaharienne.

Devenue ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme en 2020, elle  déclare avec forte conviction : « Je serai aussi une ministre du livre ». Mettre en place une politique nationale du livre afin d’offrir un cadre légal de travail à tous les acteurs du secteur devient l’une de ses priorités, tout comme le renforcement de la culture de la lecture. C’est ainsi que le 23 avril 2021, pour célébrer la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, le ministère organise « Les 60 minutes du livre », préconisant que chacun, sur toute l’étendue du territoire, consacre une heure à la lecture, de 11h à 12h.

Aujourd’hui, elle porte un nouveau rêve : bâtir une fondation pour le livre afin de soutenir la création littéraire, de développer les pratiques d’écriture et de promouvoir la lecture, avec le renforcement des initiatives « Bibliothèque éphémère » et « Camp de lecture », destinées aux enfants et initiées par Cauris Livres afin de faciliter l’accès des plus jeunes aux ouvrages, car pour  Kadiatou Konaré, « le livre doit être un rempart pour l’enfance ».

Née en 1972 à Varsovie en Pologne, fille de l’enseignant-président Alpha Oumar Konaré et de l’historienne Adame Ba Konaré, Kadiatou Konaré était mariée à Tiébilé Dramé, décédé en août 2025. Elle est chevalier de l’Ordre national du Mali et officier des Arts et des Lettres de la France.

En attendant le passage à témoin du Prix Aoua Keïta 2026,  Kadiatou Konaré peut être fière  de  sa distinction qui récompense un parcours riche, imposant et un leadership inspirant.

Gilles Youbi

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