Certains chefs d’État marquent leur époque par des infrastructures visibles. D’autres, par des transformations sociales profondes et durables. Le président Amadou Toumani Touré, affectueusement surnommé « A.T.T. » par la population malienne, appartient à ces deux catégories.
Son mandat présidentiel, sur une décennie, de 2002 à 2012, s’inscrit dans une dynamique de gouvernance consensuelle où la promotion de la femme malienne constituait un axe stratégique du développement national.
Une vision inclusive du développement
Dès le début de son mandat, ATT adopte une approche fondée sur le dialogue inclusif. Pour lui, selon ses conceptions, le développement du Mali est indissociable de la participation pleine et entière des femmes à la vie économique, sociale et politique.
Cette vision a permis d’intégrer durablement la question féminine dans les politiques publiques, à travers la pleine participation des femmes. Celles-ci se devaient de s’engager, sans réserve, dans toutes les activités socio-économiques et politiques.
Cette conception permit ainsi au département en charge de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille de bénéficier d’un renforcement institutionnel notable. Les organisations féminines devinrent progressivement des interlocutrices reconnues de l’État, tandis que les cadres de concertation se multiplièrent, notamment avec les associations rurales et les réseaux de femmes entrepreneures.
Réformes juridiques et débat de société
Sur le plan législatif, les débats autour du Code des personnes et de la famille ont marqué un tournant majeur.
Adopté une première fois en août 2009, puis révisé en décembre 2011, ce texte a suscité de fortes controverses, tout en permettant d’inscrire durablement la question des droits des femmes au cœur du débat national.
Les réformes ont contribué à une meilleure reconnaissance juridique du rôle de la femme dans la famille, à la clarification de certains droits successoraux et à une réflexion nationale sur la protection des épouses.
Santé maternelle : des avancées structurelles
En matière de santé maternelle et reproductive, sous le mandat du Président A.T.T., les programmes de réduction de la mortalité maternelle ont été renforcés.
Selon les données de la Banque mondiale, le taux de mortalité maternelle au Mali est passé d’environ 800 décès pour 100 000 naissances vivantes au début des années 2000 à près de 587 en 2010 — soit une réduction de près de la moitié en huit ans —, traduisant une amélioration significative, bien que des défis persistent.
L’accès aux soins prénataux s’est élargi et la gratuité de la césarienne a été instaurée. Les infrastructures sanitaires ont été renforcées : le Centre hospitalier Mère-Enfant « Le Luxembourg » de Bamako, inauguré le 24 novembre 1998, a vu ses activités consolidées en novembre 2010 grâce à l’extension de nouvelles activités portée par la volonté de la Première Dame du Mali, Mme ATT.
Les centres de santé communautaires ont également été consolidés, en particulier en milieu rural.
Autonomisation économique : un levier stratégique
L’autonomisation économique des femmes a constitué un pilier central de l’action publique. Les coopératives féminines rurales, les activités génératrices de revenus et les mécanismes de microfinance ont été encouragés, avec un accent particulier sur leur impact pour les femmes. Des institutions comme Kafo Jiginew ou Nyèsigiso ont connu une expansion notable durant cette période, facilitant l’accès des femmes au crédit.
Ces initiatives ont contribué à :
- accroître les revenus des ménages
- renforcer l’autonomie financière des femmes
- consolider leur pouvoir décisionnel au sein des communautés
La femme dans les forces armées et la sphère sécuritaire
Sous ATT, la présence des femmes dans les forces armées et de sécurité a connu une progression significative. Si leur intégration remonte à des périodes antérieures, son mandat a favorisé une ouverture plus large et une montée en responsabilité, notamment avec l’ouverture de la Garde Nationale et de la Gendarmerie au recrutement du personnel féminin.
L’acte symbolique majeur reste la nomination, en Conseil des ministres du 24 septembre 2010, des premières femmes au grade de général dans l’armée malienne, notamment Madame Coulibaly Kani Diabaté, première femme générale.

La femme au sommet de l’État
Au plan institutionnel, la nomination d’une femme à la tête de la Cour Suprême — première femme chef d’institution —, Madame Kaïta Kayentao Diallo, a marqué une étape importante.
L’un des actes politiques les plus marquants du régime demeure la nomination, par Décret n° 2011-173/P-RM du 3 avril 2011, de Madame Cissé Mariam Kaïdama Sidibé en qualité de Premier ministre.
Première femme à accéder à cette fonction au Mali, elle incarne une rupture symbolique forte et un signal politique clair : celui de la légitimité du leadership féminin au plus haut niveau de l’État.
Par ailleurs, les différents gouvernements formés sous ATT ont progressivement intégré davantage de femmes, traduisant une volonté d’ouverture et de représentativité.
L’éducation des filles : un investissement d’avenir
Considéré comme un investissement pour l’avenir, l’éducation des filles a également bénéficié d’un appui constant de la part de son gouvernement. Entre 2002 et 2012, le taux brut de scolarisation des filles au primaire est passé d’environ 54 % en 2002 à plus de 70 % en 2012, selon les données de l’UNESCO.
Les efforts ont porté sur :
- la construction d’écoles
- les programmes d’alphabétisation féminine
- les campagnes de sensibilisation
Ces actions ont contribué à améliorer de manière significative l’accès des jeunes filles à l’éducation.
Une gouvernance de proximité avec les femmes
Au-delà des politiques publiques, le président Touré entretenait un dialogue constant avec les organisations féminines.
Sa participation régulière aux célébrations du 8 mars — Journée internationale des droits des femmes — témoigne de cette proximité.
Lors de la célébration du 8 mars 2010 au CICB, il déclarait :
« Aucune nation ne peut prétendre au développement en marginalisant plus de la moitié de ses ressources humaines. La femme malienne doit être au cœur de notre ambition nationale. »
Et lors de l’édition du 8 mars 2009, il affirmait :
« La promotion de la femme n’est pas une faveur, mais une exigence de justice et un impératif de développement. »
Ces prises de parole ont contribué à inscrire durablement la question du leadership féminin dans le discours politique national.
Un héritage multidimensionnel
L’héritage du régime d’ATT se mesure à plusieurs niveaux : institutionnel, social, économique et symbolique.
Une responsabilité pour l’avenir
Aujourd’hui, cet héritage invite à endosser une responsabilité collective pour la réalisation de nos ambitions pour le développement du pays. La promotion de la femme ne peut être un projet ponctuel ; elle doit demeurer une priorité nationale structurante.
L’engagement du Président Amadou Toumani Touré a contribué à repositionner la femme malienne au cœur du projet de société. Cet engagement se concrétise aujourd’hui en mémorial à travers l’initiative des organisateurs des Woman Leadership Awards – Prix Aoua Keïta, avec la dénomination d’un prix spécial « He for She ATT ». Un prix spécial décerné aux hommes qui prônent l’égalité des genres, à l’image de l’illustre homme d’État qu’incarne le président ATT et de l’administration qu’il a conduite.
Car l’héritage n’est pas un souvenir. C’est une responsabilité.

